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Politique

Pierre Manigat Jr sort ses « Mémoires d’un conseiller électoral

Pierre Manigat Jr, conseiller au CEP du 21 janvier 2015 au 22 janvier 2016, publie ses «Mémoires» pour camper deux vérités : a) dénoncer, comme Damase Pierre-Louis, « les mensonges » et les hypocrisies ( a-t-il ajouté) de notre démocratie et, d’autre part, b) faire le point sur l’idée d’opposition qui a entouré la publication de ses « Mémoires ». En outre, il s’en prend à des figures de proue de la presse dont certaines jouissent d’une large audience.

Dans les conclusions de ses « Mémoires », Manigat Jr émet trois (3) observations, à titre de recommandations : monter un CEP permanent en y adjoignant un Tribunal électoral indépendant du Conseil de neuf (9) membres; introduire le vote électronique, en s’inspirant certes du CNE (Consejo nacional electoral) vénézuelien, mais avec des techniciens haïtiens ; parvenir à financer le processus électoral à partir du Trésor public en vue de rapatrier les élections en Haïti.

Dans ces « Mémoires », l’auteur se contente, en bon communicateur, de construire son  travail sur un ensemble de points de vue, d’arguments, d’exemples ou d’illustrations. Ceux qui s’attendaient à des révélations seront déçus. Au contraire, le lecteur a droit à des analyses dont il a la maîtrise à travers ses éditoriaux dans le quotidien Le Nouvelliste.

Son livre « Mémoires d’un conseiller électoral » complète le livre de Ricardo Seitenfus, « L’échec de l’aide internationale à Haïti, Dilemmes et égarements ». Steitenfus déconstruit, tel un puzzle géant rempli, à l’intérieur, de chiffons, l’aide étrangère à Haïti coiffée par le Core Group pour avoir été, à un certain moment, un responsable au niveau international.

Pierre Manigat Jr fouille, de son côté, le processus électoral dans ses verrues, ses mauvais bords et, aussi, ses points forts ; il a donné une version du système électoral qui, de provisoire en provisoire – durant trente années (1987-2016) environ –, mérite d’être revisité, tant du côté de l’aide internationale, dénoncée par Seitenfus, concentrée entre les mains d’un exécuteur – le PNUD  qui, selon les termes de l’accord, n’a aucune responsabilité dans le déroulement des élections. Pourtant cette communauté internationale influence les décisions : par exemple, après appel d’offres international, le contrat de fabrication des matériels pour les élections du 9 août ou du 25 octobre passé avec l’imprimerie Al Ghuraïr basé à Dubaï, sans tenir, totalement, compte des maisons d’imprimerie d’Haïti. Tant aussi du côté des nationaux, dont certains préfèrent la transition et se multiplient pour que les élections de 2015 ne se tiennent pas. Quant à introduire le système de vote électronique, ces gens s’y opposent complètement. Ce serait trop simple, trop facile d’aboutir à des élections en Haïti, comme en République dominicaine…

Les deux bouquins éclairent le lecteur intéressé  à saisir l’histoire immédiate du pays dans ses relations avec l’étranger pour sortir Haïti de ce marasme. Le documentaire du cinéaste haïtien Raoul Peck, « Assistance mortelle », ajoute son grain de sel. Les trois recherches dégauchent  la même problématique.

Dans le livre de Pierre Manigat Jr, la documentation manque : pas beaucoup de références bibliographiques ; cependant, l’analyse conserve sa pertinence, à bien des égards. L’ouvrage se lit avec grand plaisir.

Pourtant, il n’admet pas, par exemple, « qu’une diva ayatollah du secteur de la presse dit démocratique estimait, elle, que nous devions longtemps démissionner et s’interrogeait sur notre réticence qui, selon elle, serait due à notre volonté de jouir des privilèges qu’elle convoitait fiévreusement avec les membres de sa famille, de son clan, de sa chapelle ».

Le conseiller écoute la radio, lit la presse écrite (directement ou par son cabinet particulier) et, surtout, réagit sur les réseaux sociaux – cette grande fête populaire et tapageuse de l’esprit. Cependant, il n’admet pas que les uns aient une opinion contraire à ses prises de position. Il tient mordicus à sa mission au CEP. Certes, d’autres gens qui sont habitués avec l’homme connaissent son tempérament intransigeant…

Cela n’empêche qu’il délivre un « témoignage » pertinent sur un CEP fort contesté, parfois décrié même. En dépit des apparences, la journée du 25 octobre a été saluée par la communauté et la presse internationales comme étant l’une des meilleures réalisées en Haïti, mais, dans la réalité des faits, le château de cartes s’est écroulé. Avec force intervention, il n’accepte, en aucun cas, que le CEP d’Opont, dont il faisait partie à titre de vice-président, ait  échoué.

Certains dossiers brûlants d’actualité ont été inévitablement abordés : le rejet de la candidature de Jacky Lumarque : Selon lui, le Conseil s’est appuyé sur les dénonciations de dix-sept (17) organisations et partis politiques par lettre en date du 15 juin 2015 pour renforcer son travail et prendre, en assemblée, une décision sur la question, malgré l’avis favorable de la Cour supérieure des Comptes et du Contentieux administratif (CSC/CA). D’ailleurs, a-t-il ajouté, M. Lumarque est l’ami de chacun de nous au Conseil, à un titre ou à un autre.

D’autres thèmes sensibles ont été touchés dans son livre « Mémoires d’un conseiller électoral ».  Par exemple « Observateurs nationaux » :  ceux-ci sont recrutés parmi les membres d’organisations, d’institutions nationales ou internationales de la société civile engagée dans la lutte pour le respect de la souveraineté populaire ; certains se sont révélés de «vrais-faux observateurs », des vendeurs de temple.  Au niveau des relations avec la communauté internationale : Celle-ci a pesé de tout son poids dans la balance. Ainsi, certains membres, à titre personnel, cherchent à pencher l’assiette économique dans leur direction. En vue de jouir, à un titre ou un autre, de la source principale de financement des élections par le Core Group. Le même problème se pose au niveau de la sécurité : 5 898 agents de sécurité électorale (ASE) à engager sous le contrôle de 3 859 superviseurs. De même aussi le poids de l’aide internationale sur l’aspect technologique des élections.

L’auteur n’a pas écarté la question des mandats et des mandataires qui a créé le «buzz» sur Internet. Le député Rodon A. Bien-Aimé, candidat à sa propre succession sous la bannière de PHTK (Parti haïtien Tèt Kale), a dénoncé, dans la presse, M. Sylvain Coté, un cadre de l’UNOPS – institution chargée de la logistique des élections –, « d’avoir orchestré ces fraudes en introduisant, selon le député, de vrais-faux procès-verbaux au Centre de tabulation des votes (CTV) pour inverser le vote de la population ». « Ces bulletins frauduleux provenaient d’une firme haïtienne, selon le conseiller, citant l’élu de Cerca Carvajal, dont le propriétaire serait un employé du Palais national. »

Il faut aller lire cet ouvrage qui, dans le concert actuel, représente un best-seller sur la bêtise haïtienne, au niveau électoral.

Le conseiller Pierre Manigat Junior a laissé entendre, pour finir, que chacun peut s’enquérir sur la provenance de son patrimoine : avant, pendant et après son passage au CEP. Qui de nous se hâtera d’aller au contrôle ?

Webert Lahens/ Nouvelliste

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